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mardi 21 mai 2013

Le chant de l'Eglise latine : Le grégorien (II)


De nos jours quand on dit "grégorien" cela peut entrainer plusieurs réactions : 

La première et la plus courante, celle du français, pas catho du tout : heeeiin ! et avec de la chance :  Aaaahh ouaaais, j'ai du voir ça à la Fnac entre spiritualités du monde et musiques de relaxation.

Chez les cathos tala (ceux qui vontalamesse) on peut avoir plusieurs réactions principales, qui peuvent s'ajouter les unes aux autres :
1 - (un peu nostalgique ) Ah ouais, de mon temps on faisait ça, mais c'est plus d'aujourd'hui 
2 - (un peu dégouté) Mmmhh, c'est le chant des intégristes ça
3 - (un peu méprisant) Ouais c'est pas mal, mais j'aime quand même mieux les chants de l'Emmanuel, de Deiss, de Godard, de Gouze, du Chemin neuf, de Wacckenheim, de Berthier, de fr. Jean-Baptiste de la Sainte-Famille, de Glorious (rayer les mentions inutiles)[1].
4 - (un peu dubitatif) Ah oui le grégorien... mais c'est tout pareil le grégorien, et puis, on comprend rien c'est en latin.

 et quant on entend enfin quelqu'un qui dit :
5 - c'est trop bien le grégorien
il ne vaut mieux pas trop creuser car à la question pourquoi ? on risque d'avoir :
Au moins c'est tradi ça.

et vous comprendrez que cela n'est pas satisfaisant. Je chercherais à répondre à ces objections prochainement.

En attendant, je vous propose d'écouter tranquillement l'hymne Salve Festa Dies : cette pièce du temps de Pâques date de 609 !
  

 
R/. Salut, jour de fête vénérable en tout âge,
où Dieu triomphe de l’enfer et prend possession des cieux ! 
1. Voici que la beauté du monde qui renaît 
atteste qu’avec son Seigneur elle recouvre tous ses biens[2]
chant par les moines de l'Abbaye de Triors





 
[1] Tous ces gens sont des compositeurs de ces quarante dernières années, qui font d'ailleurs partie des meilleurs... ou pas.
[2] Il y a encore 5 autres couplets... qui nous parlent de la résurrection du Christ et de ses effets.

dimanche 17 mars 2013

Le Chant de l'Eglise latine : le grégorien (I)





Le « Grégorien » est une manière de chanter, spécifique à la liturgie chrétienne latine. Il a la particularité d'être un chant au service d'un texte. Ce texte est soit la « Parole de Dieu » elle-même, soit directement inspiré par elle. 

 
Je t'exalterai, Seigneur : tu m'as relevé, 
tu m'épargnes les rires de l'ennemi.  
Seigneur j'ai crié vers toi, tu m'as guéri (ps. 29, 2-3)
Chant d'offertoire du mercredi des cendres, 
par les moines de l'Abbaye de Triors
  

 Racines

C'est un style très ancien qui plonge ses racines dans l'histoire de la musique. Il est héritier de la musique grecque, qui définit les notes que nous connaissons selon des bases mathématiques, mais aussi de la cantillation hébraïque (qui permet d'exprimer les psaumes selon un mode parler-chanter), il a reçu de fortes influences « barbares ». Son origine est donc assez semblable aux chants liturgiques orientaux (il y a en particulier des proximités évidentes avec le chant syriaque). 

  Naissance


Il est attribué au pape Grégoire (mort en 604), mais c'est plutôt un patronage : Grégoire le Grand est avant tout le pape qui a marqué la fin de la période classique (ou la culture est fondée sur la littérature païenne) et l’entrée dans le Moyen-Âge (ou la culture est fondée sur les auteurs chrétiens).

La grande période de « production » du grégorien est le VIIe-IXe siècle : c’est en particulier la période à laquelle est composée la majeure partie des antiennes des psaumes. A partir des années 750, le chant liturgique « tel qu'on le fait à Rome » se répand dans tout l'empire carolingien.
C’est entre le IXe et le XIIe siècle que se fixent les pièces du « propre » (chant d'entrée, Alleluia, etc.), et C’est entre le Xe et le XIIIe siècle que se fixent les pièces du « commun » (kyrie, Gloria, etc.)  

Chant de l’Église


Le grégorien est explicitement reconnu comme chant propre de l’Église romaine depuis 1903 par Saint Pie X. Avant… c’était à la fois évident et oublié : la période du XVe au XVIIIe siècle avait été une longue décadence. 
Depuis, Pie XII (dans une encyclique de 1955), le concile Vatican II (en Sacrosanctum Concilium n°116-117), les papes (Jean-Paul II, dans une lettre manuscrite de 2003 ; Benoît XVI dans Verbum Domini n°70, de 2011), ont tous rappelé l’importance de ce chant.


jeudi 14 mars 2013

Habemus Papam !

Prions pour notre pape François. Que le Seigneur le protège et le garde en vie qu'il le rende heureux sur la terre, et qu'il ne le livre pas au pouvoir de l'ennemi.


samedi 2 mars 2013

L'Eglise entre en conclave, prions...




Emitte Spiritum tuum et creabuntur
Et renovabis faciem terrae


Orémus.

Deus, qui, pastor aetérnus, gregem tuum assidua custodia gubérnas, eum imménsa tua pietate concédas Ecclésiae pastorem, qui tibi sanctitate placeat, et vigili nobis sollicitudine prosit.

Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum : Qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus per omnia saecula saeculorum. Amen


Envoie ton Esprit et tout sera créé
Et tu renouvellera la face de la terre

Prions.

Pasteur éternel, notre Dieu, toi qui gouvernes ton Église et la protèges  toujours,  donne-lui,  nous  t'en prions,  le pasteur qu'elle  attend : un homme qui ait l'esprit de l'Évangile et nous guide selon ta volonté.

Par Jésus-Christ notre Seigneur, qui règne avec toi dans l'unité du Saint-Esprit, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen.

jeudi 28 février 2013

Seigneur, que veux-Tu de moi ?

« Je n'abandonne pas la croix, mais je reste d'une façon nouvelle près du Seigneur Crucifié. Je n'assume plus le pouvoir de la charge du gouvernement de l'Église, mais je demeure dans le service de la prière. Saint Benoît dont je porte le nom comme pape, me sera un grand exemple »

L’actualité de ces derniers jours, avec la « bombe » que nous a lâchée notre pape Benoit doit nous porter à réfléchir… car, comme êtres humains, nous sommes normalement fait pour réfléchir et celui qui, volontairement, ne réfléchit pas, est comme en démission de l’espèce humaine. 

Une déception ?

Pour beaucoup d’entre nous, – qui gardons bien souvent une vision bien humaine de l’Église, la considérant d’abord et avant tout comme une institution géniale, comme une sorte de grande multinationale –, c’est initialement un réflexe de déception[1] qui nous est venu lorsque le pape Benoît XVI a annoncé qu’il renonçait au ministère pétrinien. La réaction immédiate du cardinal Dziwisz, qui s’exclame spontanément : « on ne descend pas de la croix », est symptomatique de nos réactions[2]

Une décision

Mais, lors de son annonce, notre pape avait immédiatement précisé que ce n’était pas un coup de tête : « Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises ». C’est devant le Seigneur que cette décision fut prise… Et c’est lors de l’audience du 27 février[3] que le pape revient sur les racines de cette décision.  

Alors que l’âge et l’épuisement se font de plus en plus sentir, au point que la charge devient insupportable, non pas d’un point de vue subjectif, mais d’un point de vue objectif (la mission ne peut plus être remplie, la charge ne peut plus être portée)[4], la question que pose Benoît XVI au Christ est celle de Pierre : « que veux-tu de moi ? », celle qu’il avait déjà posé un certain 19 avril 2005. Aujourd’hui, ce n’est pas une question théorique, ce n’est pas non plus une demande de congé, ou de vacances, c’est l’ouverture à la mission que donne le Christ et lui-seul. À Jean-Paul II, le Christ a demandé un témoignage bien spécifique, à Benoît XVI, c’est un autre témoignage qui est demandé. 

Un témoignage

Benoît XVI précise que lorsque l’on devient pape, il n’y a plus de ‘vie privée’, car tout est donné, à Dieu et à l’Église (à nous donc). En renonçant à cette charge, le pape ne reprend pas ce qu’il a donné, mais les modalités d’exercice changent. Lui, il a foi en la puissance de la prière, il a foi en la « communion des saints »[5]. C’est, à la suite de Saint Benoît, dans la prière et une vie retirée, que le pape va suivre le Christ.
Il y a quelques années, mon évêque avait écrit une lettre pastorale intitulée : « suivre Jésus de près ». C’est bien ce programme que Benoît XVI veut suivre aujourd’hui, au service de l’Église.

Un exemple

Il y a une valeur exemplaire à l’acte de Benoît XVI, qui réside dans l’écoute de la volonté de Dieu : n’aurait-il pas été plus simple pour ce vieux monsieur que de rester sur le trône ? On lui aurait prévu un emploi du temps allégé, le gouvernement effectif aurait été laissé au cardinal-secrétaire d’état… et cela se serait bien passé. Mais non, ce n’est pas le chemin facile qui se présente au pape, ce n’est pas le chemin facile qui s’ouvre devant nous si nous voulons suivre le Christ.

Ainsi comme notre pape Benoît, posons-nous la vraie question : « Seigneur, que voulez-vous de moi ? », quelle est la croix qui se présente à moi et qui me permettra de vous suivre aujourd’hui ? quelle est votre volonté, pour la « louange et la gloire de votre nom, ainsi que pour mon bien et celui de toute votre Église sainte »[6] ?



[1] Déception d’autant plus forte, que vraiment on l’aime, notre pape.
[2] Depuis, le cardinal est passé de la réaction affective à l’acceptation raisonnée.
[3] Un texte magnifique à lire ici

[4] Cf. la declaratio du 11 février 2013 : 
[5] Nous qui récitons le credo chaque dimanche, avons-nous réalisé que cette communion des saints implique cette solidarité entre nous face à Dieu et donc cette force de la prière ? cf. CEC 953
[6] L’orate fratres, qui est traduit par « pour la gloire de Dieu et le Salut du monde » dans les missels français.

mercredi 13 février 2013

Poursuite de la réflexion sur le ministère pétrinien, parce que c’est d’actualité…


  • PIERRE

L’ensemble des textes du Nouveau Testament montre une figure unifiée et réaliste de Pierre : s’il est bien le premier des apôtres, si des missions particulières lui sont confiées, il n’est pas pour autant un homme parfait. Matthieu (Mt 16, 22) montre qu’à peine Pierre avait-il reçu la charge suprême de porte-clefs du Royaume, que déjà il rabroue le Christ, ne supportant pas l’annonce de la Passion et de la mort de Jésus.
Lorsqu’il faut faire face à la réalité de cette passion et de cette mort, il croit encore jusqu’au dernier instant que le Royaume est « de ce monde », malgré tous les avertissements, et lorsqu’enfin il est convaincu de la défaite humaine du Christ, il le renie !
La proximité entre Pierre et Judas est troublante. La différence est essentielle : Pierre se reconnait alors comme pécheur et demande le pardon de Dieu dans l’Espérance. En revanche, Judas ne laisse pas la place au pardon divin. 

C’est donc à un pécheur pardonné que Jésus confie le ministère pastoral de l’ensemble du troupeau, c’est à un homme faible qui connait ses limites, qui se sait incapable d’aimer « plus que ceux-ci » que le Christ ressuscité renouvelle sa confiance.



  • LE PAPE
Le ministère du pape est dit « ministère pétrinien » : cette fonction conférée par le Christ au premier et au plus pauvre des apôtres s’est transmises sans discontinuité à ses 265 successeurs.
Chacun d’eux a pu mesurer que ce n’est pas « la chair et le sang » qui permettent de tenir pleinement la fonction de « vicaire du Christ » ; aucun élu à la fonction pétrinienne n’avait les épaules pour cette charge, lourde, si lourde que certains n’ont su la tenir ou l’occuper dignement.
Seule la grâce de Dieu permet de faire face à cette responsabilité, seule l’imitation de la figure de Pierre, le pécheur sans cesse pardonné, permet d’accueillir cette grâce. 

La permanence de la succession apostolique sur le siège de Pierre, l’humilité avec laquelle les derniers papes occupent pleinement leur charge et la haine que déploient le monde et les forces mauvaises contre le Siège apostolique, sont témoignages certains de la validité des promesses du Christ : « et les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle ».